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LA LEGENDE DU CHATELAIN DE MORTE-PRESLE

par
Anna Livebardon
Tiré de son livre De Toute Les Nuits
© 1987 Anna Livebardon

 


Que pouvait-il offrir de mieux
A l'Antillaise brune et belle
Que l'illustre nom, orgueilleux
De son château de Morte-Presle?

Elle venait d'avoir vingt ans
Et lui, pour oublier son âge
Avait besoin que le printemps
Dans son castel, toujours voyage.

Resta stérile leur union
Jusqu'au jour où la chatelaine
Se prit d'une folle passion
Pour un pauvre garçon sans haine

Qui venait tondre le gazon
Alors que dormait le vieux Comte,
Sous un dais, cachant l'horizon
A l'heure où la sève, remonte,

Lorsqu'elle osa lui révéler
-Sa taille devenant plus ronde­
Qu'elle avait fort envie d'aller
Voir une blanchisseuse blonde,

Cette femme avait, il parait,
Pour conserver l'honneur des filles
Du village un pouvoir secret...
Et un cœur, d'or, sous des guenilles.

Il répondit, n'en faites rien,
J'aurai la joie d'être grand-père...
Et votre enfant sera le mien
Du jardinier, je suis... le père!

A cinquante ans, j'étais l'amant
D'une petite lavandière
La mère de ce fier galant
Dont vous êtes l'amie, ma chère.

Mais, lorsque l'enfant a grandi,
Dans un triste accident de chasse,
L'Antillaise à ce que l'on dit
Trouva la mort, au bord du Lasse.

Sur les terres de ses aïeux
Lorsque l'enfant blond se promène
Chacun peut voir dans ses grands yeux
Les reflets d'une île lointaine.

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