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L'EPHEMERIDE

par
Anna Livebardon
Tiré de son livre De Tous Les Jours
© 1980 Anna Livebardon

 


Les enfants poussent cris de joie.
En arrachant les feuilles roses,
De l'éphéméride que chez moi
J'ai placé près de la commode.
Ils sont heureux, comme il se doit
De vieillir un peu chaque fois
Qu'ils arrachent la page folle
Un jour de gagné, c'est la joie,
Chaque jour on devient un homme.
Oui mais voilà, oui mais voilà
En vieillissant ne savent pas
Qu'un jour plus proche qu'ils ne croient
Ils hésiteront quelquefois
A arracher la page rose.
Ils seront vieux, le temps viendra
Où ils craindront les jours moroses
Et ça vient vite, croyez-moi.
Quand ils posent leurs petits doigts
Ne savent pas, oui qu'il viendra
Le temps des pauvres feuilles mortes,
Et qu'ils penseront comme moi
S'il s'arrêtait un jour pour moi,
Le temps qui passe et qui s'en va.
Chaque fois que je ne tire pas
La feuille de l'éphéméride
C'est un jour de gagné ma foi,
Mais eux ne le comprennent pas.
Ils veulent vieillir, moi pas.
Je me rajeunis quelquefois,
Jouant avec eux à la bataille.
Ils gagnent, du moins ils le croient.
Moi je pense à l'éphéméride
Et je me dis, jouons les gars,
Et oublions le temps qui passe.
Eux seuls encore ne l'oublient pas.
Ils attendent le mercredi
Pour à l'école n'aller pas
Et les vacances, et les sorties
Et le goûter et moi et moi
J'attends, j'attends, je ne sais quoi.

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