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H. L. M.

par
Anna Livebardon
Tiré de son livre De Tous Les Jours
© 1980 Anna Livebardon

 


C'est le confort suprême.
Dans l'H.L.M. améliorée.
Nous, on habite au dix-neuvième,
Avec terrasse, s'il vous plait.
Puisqu'il faut remonter quand même
Les deux grands sacs pleins du marché,
Je ne vais pas monter à pied,
L'ascenseur va me remorquer.
Ils ont bien parlé d'une grève,
Mais le courant n'est pas coupé ;
Alors, oui, je le prends quand même
J'aurai bien le temps de monter
Pour préparer, à toute vitesse,
Les huit repas de ma nichée.
En route pour le dix-neuvième.
Mais tout d'un coup, fini, coincée
Entre le douze ou le treizième,
C'était en haut, ça je le sais.
J'eus beau crier à perdre haleine,
Taper des poings, même pleurer,
Personne ne m'a dépannée.
On a entendu la sirène,
Quel vacarme dans le quartier !
C'est qu'il y en a des H.L.M.
Dans cette nouvelle cite,
Et plusieurs ascenseurs bloqués,
Il faut le temps qu'on intervienne
Ont dit ensuite les pompiers.
Je n'ai rien vu, j'étais aphone,
Lorsqu'enfin je fus délivrée.
J'avais tellement hurlé, personne,
J'en ai la voix toute éraillée.
Et j'étais tombée sur les pommes
Et les tomates du marché.
Trois-quarts d'heure ça a duré.
Et tout était écrabouillé.
En arrivant au dix-neuvième
Les gosses étaient sur le palier.
Je ne sentais plus mes guiboles,
Sans même le leur demander
Ils ont dit : Maman, c'est pas drôle,
Nous, nous sommes montés à pied.
Ne me parlez plus d'H.L.M.
Même si elles sont améliorées.
Vous connaissez pas la plus belle ?
J'ai voulu faire le déjeuner,
Y avait plus d'eau au dix-neuvième ;
On pouvait plus la faire monter.
Y a des travaux dans le quartier.

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