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MOBILISATION

par
Anna Livebardon
Tiré de son livre De Tous Les Jours
© 1980 Anna Livebardon

 


Nous étions heureux cette nuit,
La promenade, la Reine Hortense,
Et les fraises des bois cueillies,
Puis le bonheur dans notre chambre,
A Cauterets, ville jolie,
L'hôtelière était bien charmante,
Nous faisions des projets, Chéri,
Nous reverrons Venise. ensemble.
Tout-à-coup, il y eut grand bruit,
Dans l'escalier, près de la chambre.
Il alluma la grande lampe,
D'un bond, il sauta hors du lit.
L'hôtelière frappait très fort à notre porte
Elle avait rompu le silence,
Il était minuit et demie,
Elle criait, Monsieur, Monsieur,
Les gendarmes sont à la porte,
Levez-vous, à ce qu'ils ont dit,
Ils veulent vous voir, en urgence.
A mon mari j'ai dit, Chéri,
Habille-toi vite, il me semble
Qu'on ne peut se montrer ainsi,
Même aux gendarmes, il faut comprendre.
Et deux gendarmes du pays
Ont pénétré dans notre chambre.
Le télégramme sur le lit,
Mon mari leur disait. merci,
Et moi je disais, il fait nuit.
Mon mari doucement m'a dit,
C'est la guerre, il faut que je rentre,
Prépare les bagages, chérie,
Mais tu verras, guerre finie,
Nous reverrons la Reine Hortense,
Si Dieu le veut. Et moi j'ai dit,
Nous irons à la guerre ensemble,
Nous nous aimerons sous la tente,
Et ses yeux tristes ont souri.
Il m'a dit, ma tendre chérie,
Ce sera pour toi si je tremble.
Je t'aime trop, je suis puni,
Et, dans la nuit, le ciel tout gris
Avait déjà couleur de cendre.
Nous avons quitté notre chambre,
Pour Paris, un peu pour la France.

Cauterets, fin juillet 1939.

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