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DE GARDE

par
Anna Livebardon
Tiré de son livre De Tous Les Jours
© 1980 Anna Livebardon

 


Notre maison nous attendait,
Nous y allions passer vacances,
Jours de repos bien mérités,
Près de Cahors, au bord du Lot,
Dans le silence.
A Cahors, à notre arrivee,
J'ai dit, le pain, j'ai oublié.
C'est jour de fête, où en trouver ?
Il faudra monter sur le Causse.
Mon mari, dit, fort à propos :
Il faut acheter « La Dépêche »,
On lira, dans le coin en haut
Services de garde. Aussitôt
Nous arretâmes notre auto,
Déjà pleine de victuailles,
A la Barre. Nous achetâmes
« La Dépêche ». Nous pûmes lire,
Ecrit en gros :
<« Boulangerie de garde : Causse
Le dimanche et le lundi
Des fêtes de la Pentecôte ».
C'était rue de la Barre auss;.
La porte n'était pas fermée,
Pour du pain oublié, quel cirque !'
Un rideau à mouches tintait.
J'entrais vite dans la boutique..
Une sonnette, bon, je sonne.
Quelqu'un ? Madame, oh ! oh !
La boulangère, il y a personne ?
Une dame arriva bientôt.
Vous désirez petite dame ?
Je voudrais bien du pain, du gros,
S'il vous en reste encore, Madame.
Vous voyez bien qu'il n'y en a pas,
Aujourd'hui à Cahors, c'est fête,
Pas de pain, ni petit, ni gros.
Mais Madame, j'avais vu là,
Dans le journal, dans « La Dépêche »,
Vous étiez de garde lundi,
Voyez vous-même, c'est écrit.
Vous y croyez, vous, à ce qu'on dit,
Dans les journaux, ma pauvre dame !
Ah ! Vous arrivez de Paris.

Cahors, 1960.


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