<< Précédent  Suivant >>

MYKONOS

par
Anna Livebardon
Tiré de son livre De Tous Les Jours
© 1980 Anna Livebardon

 


Nouse étions partis très heureux
De ne plus être des touristes.
On va aller, si tu le veux
Sur une plage désertique
A l'autre bout de Mykonos.
Un autobus brinquebalant
Nous a conduits vers le bonheur
Nous avons roulé plus d'une heure ;
Le chauffeur grec nous avait dit:
Dernier retour à dix-huit heures.
A dix-huit heures j'appellerai
En faisant un peu de musique.
Il montrait son klaxon rouillé ;
La plage, elle, était magnifique,
Et la mer bleue, si tellement bleue
Qu'on aurait dit qu'on se baignait
Dans un aquarium exotique.
A dix-huit heures, il appela,
Le chauffeur tenait sa promesse,
Moi j'ai dit: « Non ne rentrons pas,
Restons encore, la mer caresse ».
Alors, mon mari écrivit
Un petit billet qu'il remit
Au chauffeur, il était gentil.
En grec, il y avait inscrit :
Ma femme fait un beau caprice,
Envoyez-moi, barque jolie,
Plus tard et je paierai le prix,
Quand la barque enfin arriva
Un petit Grec nous fit monter.
Mon mari aussitôt jugea
Cette barque ne tiendra pas
Pour reveni,r à Mykonos.
Quelle folie j'ai fait pour toi.
Et le petit Grec faisait si,
Et nous embarquâmes aussi
Deux Anglais, un Grec d'Olympie,
Qui sans nous restaient sur la plage
Des caps de rochers à doubler
Et le bateau qui dérivait
Et le vieux moteur qui toussait
En menaçant de s'arrêter.
Moi seule encore je souriais,
Je l'avais ma petite barque.
De temps en temps elle craquait.
Ce soir-là il aurait fallu
Oue le bateau fasse naufrage.
Le petit Grec plein de boutons,
Avec son petit air bougon
Commençait à être un peu pâle,
Le bateau prenait eau partout
Il faut bien écoper surtout
Disaient les autres camarades,
Mais vers le large il s'en allait.
A chaque cap que l'on doublait
Le petit bateau qui devait
Nous ramener vers le rivage
De Mykonos. C'était si beau
Le ciel, la mer et les oiseaux
Et la lune dans les parages
Et les petites chèvres noires, qui de là-haut,
Regardaient, avec des yeux tout étonnés,
Ce petit bateau qui livrait
Sans doute sa dernière bataille.
Et le moteur s'est arrêté.
Le petit Grec lui souriait
Il était redevenu brave
C'est qu'il apercevait au loin,
Le port et savait bien
Que les autres petits copains,
Allaient venir avec leurs barques.
Puis le moteur est reparti,
Nous grelottions, il faisait nuit
Et le petit Grec tout bougon
Nous a ramenés au rivage.
On avait fait avant le prix,
Mon mari dans sa main a mis
Beaucoup, beaucoup, beaucoup de drachmes.
Le petit Grec alors a iri,
Il avait eu peur le petit.
Et moi j'aurais voulu mourir,
Mourir là, avec mon mari,
C'était si beau, finir sa vie
Près de cette côte sauvage
Au lieu de mourir dans un lit.
Le petit Grec voulait rentrer
Jamais un Grec ne fait naufrage.

<< Précédent  Suivant >>


Anna Livebardon Homepage