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LA MAISON SANS SOLEIL

par
Anna Livebardon
Tiré de son livre De Tous Les Jours
© 1980 Anna Livebardon

 


La maison sans soleil, est la maison d'antan,
Les pièces sont grandes, peu nombreuses pourtant.
La grande cheminée, avec ses petits bancs,
A vu se succéder, familles et enfants,
Qui y vivaient heureux, sans télé, sans argent.
Le petit escalier, aux marches un peu usées,
Est grand comme le banc, on y pose les pieds,
Tout juste, cependant, j'aimerais y grimper,
Comme faisait Armand, le dernier des petits,
S'accrochant en riant. Il fallait le pousser
Au derrière, en disant, monte, mon tout petit,
Monte vers ton printemps.
Le jardin est secret, plein de rêve pourtant,
Avec ses escaliers, ses pierres de grès blanc,
Quelques fleurs, des herbes, folles, comme le temps,
Et du lierre rampant, des marguerites aussi,
Dans des oules fêlées, des géraniums surpris,
Qu'on soit venu ouvrir des volets restés blancs,
A cause de la pluie, et à cause du vent
Qui les ont délavés, au cours de bien des ans.
Il manque le soleil pour maison d'à présent.
Ses fenêtres voilées, sont fenêtres d'antan.
Il reste encore dedans, une maie, le cadran,
D'une horloge cuivrée qui marquera le temps
Et les jours que je vais y vivre maintenant,
Puisque je veux mourir dans la maison d'antan ;
La maison sans soleil, maison des grands-parents,
Où sont morts les anciens, pendant pfus de cent ans.
Que j'avais oubliée et que j'aimais pourtant,
Qui est restée debout, fière, aux quatre vents,
D'avoir défié la vie, d'avoir défié le temps.

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